Rien à Gagner

Un maître Zen contemporain évoque trois générations d’enseignements irrévéren-cieux.                             Tricycle, hiver 2014

SO copyright Greg Whitaker

The Zen Teaching of Homeless Kodo (Wisdom Publications, automne 2014) met en lumière la sagesse de trois générations de maîtres Zen : Kodo Sawaki Roshi (1880 – 1965), Kosho Uchiyama Roshi (1912-1998) et Shohaku Okumura (1948). « Kodo Sans Demeure », c’est Kodo Sawaki, premier des enseignants de cette lignée dharmique, qui déploya une grande énergie à revitaliser et à populariser la pratique de shikantaza (‘seulement s’asseoir’) du Zen Soto – caractéristique qui le distingue de l’école Zen Rinzai, très axée sur la pratique des koans – en faisant sortir cette pratique des monastères japonais au profit des laïcs. Enseignant itinérant pendant la plus grande partie de sa vie, il fonda en 1949 sur le site délaissé d’Antai-ji le dojo Shichikurin Sanzen, un temple toujours florissant, aujourd’hui situé dans la préfecture de Hyogo. Après la mort de Sawaki, Kosho Uchiyama Roshi, son successeur dans le Dharma, publia un recueil de brèves citations de son maître avec des commentaires personnels. Shohaku Okumura, disciple d’Uchiyama Roshi, vient de publier sous le titre The Zen Teaching of Homeless Kodo (‘L’enseignement Zen de Kodo sans Demeure’, pas encore de traduction française, NdT) une traduction de cet ouvrage, l’enrichissant à son tour d’explications et de commentaires.

Homeless Kodo est un livre remarquable, profond, au parler vrai. Son éditrice, Jokei Molly Delight Whitehead, écrit dans la préface : « Ce qui me plait particulièrement dans ce livre, c’est l’approche kaléidoscopique d’une vérité unique au travers des personnalités, expériences et propos de trois enseignants – le singulier manifestant, comme toujours, l’universel ». Je ne pourrais dire mieux ni ajouter quoi que ce soit.

Ma première rencontre avec Shohaku Okumura, né au Japon et actuellement chef de temple au Sanshin-ji (Bloomington, Indiana), eut lieu en juillet 2013, lors d’une retraite qui associait la méditation silencieuse assise et l’étude, dans la traduction de Shohaku Okumura, de deux courts textes du Shobogenzo, l’œuvre maîtresse du maître Zen Soto Eihei Dogen (1200 – 1253). L’interview se déroula au téléphone, moi à New York, le Révérend Okumura en Indiana. La distance et la séparation n’existent pas lorsque deux esprits se rencontrent dans une volonté de vérité et d’ouverture.                      Joel Agee


 À 17 ans, vous avez lu un livre de Kosho Uchiyama Roshi qui vous a profondément marqué. Vous avez eu envie de vivre comme lui et de devenir son disciple. Quel était l’élément ou le message de cet ouvrage qui vous parlait si fort ? J’ai eu 17 ans au milieu des années 60. J’avais des tas de questions sur la vie, sur ma propre voie ainsi que sur la situation au Japon et dans le monde. C’était l’époque de la guerre du Vietnam et de la guerre froide, et les Japonais travaillaient dur – trop dur – pour gagner de l’argent et aider le Japon à devenir un pays riche. J’avais le sentiment que toute la société japonaise n’était qu’une immense machine à faire de l’argent, et l’école une usine qui produisait des pièces pour cette machine. On attendait de moi que je travaille dur pour rejoindre une université prestigieuse et obtenir ensuite un poste intéressant. Je ne voyais pas le sens de tout çà. Je cherchais une autre voie, une manière de vivre différente. Je voulais échapper au type d’existence qui m’était proposé – ce mode de vie marqué par l’avidité, qui tendait vers un but unique – mais je ne savais pas si cela était possible. C’est pourquoi j’ai commencé à lire des tas de livres sur la philosophie, la religion, la littérature, etc.

C’est dans ce contexte que je suis tombé sur un livre d’Uchiyama Roshi et que je me suis rendu compte que quand il était adolescent, il s’était posé le même type de questions que moi : Quelle est la vérité ? Quel est le sens de la vie ? Il avait cherché une réponse dans la philosophie occidentale et obtenu un master dans cette discipline à l’Université de Waseda. Il enseigna ensuite dans un séminaire catholique. Plus tard, il devint moine bouddhiste sous la direction de Kodo Sawaki, et il trouva la réponse à ses questions. Par la suite, il continua à étudier, à pratiquer et à partager avec les jeunes générations le mode de vie qu’il avait adopté. Je savais que l’histoire humaine avait compté beaucoup de personnes comme lui. Mais Uchiyama Roshi était la première dont j’aie entendu parler qui vivait ainsi à mon époque et dans mon propre pays. Cela m’a fortement inspiré de voir qu’il existait une autre voie que je pouvais suivre. Voilà ce que j’ai ressenti.

Vous aviez souhaité faire immédiatement une sesshin avec lui, mais quelque chose vous en a empêché. En effet. Ce fut à la fois une chance et une malchance. Une malchance, parce que j’aurais eu l’occasion de rencontrer Kodo Sawaki qui était à cette époque à Antai-ji [le temple réhabilité par Sawaki Roshi]. Il mourut quelques mois plus tard. Mais ce fut également une chance, car si j’étais allé à Antai-ji à l’âge de 17 ans, cela aurait pu me détourner du Zen. Je n’étais pas prêt pour une sesshin. Au lieu de cela, je partis à l’Université de Komazawa pour étudier le bouddhisme et le Zen. Ce n’est que plus tard, lorsque j’eus 20 ans, que j’allai à Antai-ji et que je devins le disciple d’Uchiyama Roshi.

Comment était la pratique avec Uchiyama Roshi ? Lorsque je pratiquais avec lui à Antai-ji, nous avions zazenkai [une journée de zazen] un dimanche sur deux, sauf lorsqu’il y avait une sesshin. Et, chaque dimanche, il donnait deux enseignements, généralement sur le Shobogenzo, l’œuvre majeure de Dogen Zenji (1200–1253), fondateur de l’école Zen Soto au Japon. Après avoir quitté Antai-ji à l’âge de 63 ans – ce qui était encore très jeune pour un maître Zen, mais il dut se retirer en raison de problèmes de santé – , Uchiyama Roshi donna des enseignements dans un temple de Kyoto une fois par mois pendant plus de 10 ans. La retranscription de ses enseignements sur le Shobogenzo a été publiée dans une bonne dizaine de livres, je pense. Il publia également plusieurs livres personnels, soit au total plus de 20 ouvrages. C’était une personne très érudite capable de présenter la pratique du Zen et le Dharma de manière très attrayante et abordable pour ses contemporains.

Uchiyama Roshi était le disciple de Kodo Sawaki. Ils étaient très liés, mais apparemment très différents en tant qu’êtres humains. Que pouvez-vous dire à ce propos ? Cela s’explique notamment par leur milieu d’origine différent. Sawaki Roshi était issu d’une famille pauvre. Il avait beaucoup souffert dans son enfance. Lorsqu’il était jeune, il étudiait et pratiquait seul. Uchiyama Roshi venait d’une famille plus aisée, plus instruite. Mais Uchiyama Roshi était de constitution très fragile, dans sa prime jeunesse déjà, mais surtout – il avait alors une vingtaine d’années – après avoir contracté une tuberculose dont il ne guérit jamais.

Sawaki Roshi était un maître Zen sévère et exigeant, alors qu’Uchiyama Roshi était doux, compréhensif, incapable de blesser qui que ce soit. Mais bien sûr, il était aussi très fort mentalement. Sa pratique de zazen était profonde et, après être devenu moine, il consacra sa vie entière au Zen. Il était très aimable avec tout le monde, mais, dans son esprit, il n’avait aucune crainte de la maladie et de la mort. C’était par ailleurs un intellectuel qui avait étudié la philosophie occidentale à l’université. Sa manière d’enseigner était donc parfaitement accessible aux jeunes.

Vous savez, traditionnellement, les maîtres Zen étaient particulièrement sévères avec leurs étudiants, les admonestant constamment, sans jamais donner le moindre commentaire, la moindre explication raisonnable concernant la pratique ou le Dharma. Mais Uchiyama Roshi a toujours su nous donner des explications logiques, compréhensibles concernant zazen. En cela il était vraiment exceptionnel. Lorsque Sawaki Roshi est décédé, les gens ont dit qu’il était le tout dernier maître Zen, mais quand Uchiyama Roshi a pris sa succession à Antai-ji, il a déclaré : « Je m’efforcerai d’être le premier maître Zen des temps modernes ».

On attribue très largement à Sawaki Roshi le mérite d’avoir transformé la pratique du Zen au Japon. Quelle fut selon vous sa plus grande réussite de ce point de vue ? Comme vous le savez, on l’appelait « Kodo sans demeure » parce qu’il n’avait pas de temple ou de monastère propre. Aux environs de la quarantaine, il commença à parcourir le Japon dans tous les sens pour diriger des sesshins ou des journées de zazen, donner des enseignements dans des temples et des demeures privées, ou partout où il était invité. Il continua à pratiquer ainsi jusqu’à l’âge de 83 ans. Durant toutes ces années de voyage et d’enseignement permanents, beaucoup de laïcs se mirent à pratiquer zazen. Avant cela, ils n’étaient pas encouragés à le faire ; zazen était considéré comme une pratique pour les moines en formation dans les monastères. Grâce aux efforts considérables et aux instructions avisées et pertinentes de Sawaki Roshi, grâce aussi à sa forte personnalité et à son humour, beaucoup de Japonais eurent envie de pratiquer zazen.

Commentant son surnom, Sawaki disait : « Tous les êtres humains, sans exception, sont en réalité sans demeure ». Dans votre commentaire, vous évoquez le « noble statut d’itinérant permanent » du bodhisattva qui renonce au nirvana par compassion, mais, de par sa sagesse, ne réside pas non plus dans le samsara. Que veut dire Sawaki lorsqu’il déclare que tous les êtres humains sans exception sont sans demeure ? C’est sa façon unique d’exprimer ce que le Bouddha enseigne, à savoir qu’il n’est pas possible de posséder quoi que ce soit parce que tout est impermanent et sans substance. Donc il n’y a en réalité aucune demeure pour qui que ce soit. Un de ses étudiants et amis était mourant. Il était encore jeune, la quarantaine ou la cinquantaine peut-être. Lorsque Sawaki Roshi lui rendit visite, l’homme lui dit : « Je ne peux pas mourir. Je ne peux pas mourir quand je pense à ma famille. Comment pourront-ils vivre sans moi, surtout mes enfants ? » Sawaki Roshi lui répondit : « Ne t’en fais pas. Tu peux mourir. » Je pense que cette réponse, qui permettait à cette personne de voir la réalité de sa vie, était pleine de compassion.

J’ai cru comprendre que vous étiez marié et aviez une famille. La pratique dans un zendo est complexe, strictement régulée, ordonnée, alors que la vie de famille, surtout avec de jeunes enfants, est pleine de courants et de contre-courants émotionnels imprévisibles. Comment peut-on combiner les deux ? La vie de famille contribue-t-elle à enrichir votre pratique ? Est-ce qu’elle la rend plus compliquée ? Y-a-t-il là un défi ? Oui, c’est un défi, bien sûr. Mener une vie de famille pour un pratiquant bouddhiste est difficile, mais dans mon cas, je sens que ma pratique et ma spiritualité ont été enrichies par la présence de ma famille. J’ai été ordonné moine à l’âge de 22 ans. Pendant plus de 10 ans, j’ai pratiqué en restant célibataire. J’ai donc pu vraiment consacrer ma vie à la pratique et à rien d’autre. Mais quand je repense à cette période, je constate que je me sentais supérieur à ceux qui ne vivaient pas comme moi. Je me consacrais au zazen « bon-à-rien », tandis que les autres travaillaient pour gagner de l’argent et élever des enfants. Je pensais que ma vie était meilleure que la leur, même si je ne savais pas exactement comment vivaient les gens. Je pense que c’était – comment dire – une attitude très arrogante.

Mais lorsque j’eus 30 ans, alors que je pratiquais dans le Massachusetts, mon corps fut à moitié cassé en raison d’un excès de tâches physiques trop pénibles. Il me fut dès lors impossible de continuer à pratiquer comme je l’avais fait quand j’avais 20 ans. Jusque-là, Dogen Zenji avait été le héros de ma vie. Mais je compris que je ne pouvais vivre comme Dogen. Par la suite, Ryokan, le moine et poète bouddhiste du 18è s. qui vécut une grande partie de sa vie en ermite, devint mon héros. Ce n’était pas le type du maître Zen fort, inaccessible, mais une personne humble, qui simplement ‘était’, en égalité avec tous les autres êtres. Je ne pense pas que Ryokan regardait de haut les gens ordinaires. Voilà pourquoi j’ai décidé de me marier et de fonder une famille. Après avoir rencontré quelqu’un, ma pratique fut évidemment plus difficile. Je ne pouvais plus être libre à cent pour cent et me consacrer entièrement au Dharma. Concilier pratique et famille est effectivement difficile, mais je suis très heureux d’avoir une famille ; cela m’a rendu plus souple, plus humble.

La difficulté est apparue très clairement lorsque ma fille est née. Elle a maintenant 26 ans. Il y a 26 ans, donc, nous attendions sa venue pendant la sesshin de Rohatsu [sesshin de 7 jours en commémoration de l’éveil du Bouddha]. Il était impossible d’annuler cette sesshin. Nous avons donc commencé la pratique alors que mon épouse, qui d’habitude était tenzo [responsable de la cuisine dans un temple], était sur le point d’accoucher. Nous ne savions pas quand l’enfant allait naître et mon épouse et moi avons donc eu une discussion très sérieuse sur le fait de savoir ce que nous ferions au cas où le bébé s’annoncerait pendant la sesshin. Devions-nous arrêter la sesshin ? Devais-je accompagner ma femme à l’hôpital ou continuer la pratique ? Prendre une décision semblait pratiquement impossible. J’ai donc demandé à ma fille d’attendre la fin de la sesshin pour venir au monde. Et elle fit cela pour nous. Elle est née le 9 décembre. La sesshin se terminait le 8.

Vous venez d’évoquer le zazen « bon-à-rien ». Je suppose qu’il s’agit d’une référence à l’une des formules de Sawaki : « Zazen est bon à rien ». Je pense comprendre le sens de cette formule. Zazen n’a pas de but ; ce n’est pas un moyen en vue d’un objectif. Pourtant zazen est sûrement utile à quelque chose – sinon nous ne pratiquerions pas et Sawaki Roshi n’aurait pas encouragé les gens à pratiquer. La première fois que j’ai entendu cette expression, « bon à rien », je vivais dans le Massachusetts. Cet été-là, afin de subvenir aux besoins du Temple, nous participions à la récolte des myrtilles dans une ferme. Il y avait là également quelques lycéens qui se faisaient quelqu’argent pendant les vacances. Dans le champ il y avait également un endroit où l’on trouvait des baies de sorbier. Les étudiants n’étaient pas très attentifs et donc parfois ils mélangeaient les baies de sorbier et les myrtilles. Le fermier n’arrêtait pas de crier : « Cessez de cueillir ces baies de sorbier qui ne sont « bonnes à rien ». J’ai vraiment aimé cette expression – « bon à rien » – et je me disais : « Quelle est la différence entre les myrtilles et ces baies “bonnes à rien” ? Les baies de sorbier ne sont pas comestibles, mais elles sont jolies. Les myrtilles sont jolies également, mais elles sont en outre comestibles, ce qui leur donne une valeur marchande. Cela signifie qu’elles « sont bonnes à quelque chose ». Les baies de sorbier n’ont aucune valeur marchande et donc nous les considérons comme « bonnes à rien ». Mais si nous faisons abstraction de notre évaluation d’être humain, alors myrtilles et baies de sorbier sont identiques. Toutes sont jolies et n’ont d’autre but que d’être. Donc je me dis que les baies de sorbier étaient bonnes, mais « à rien ». C’est pourquoi j’ai traduit ainsi cette expression de Sawaki Roshi : « Zazen est bon à rien ». Pour moi, cela signifie que zazen est bon – mais pas à quelque chose en particulier. C’est bon en soi. Je pense que ceci est très important. Bodhidharma ne dit rien d’autre lorsque l’empereur Wu lui demande quels mérites, quelles rétributions karmiques il peut espérer pour avoir créé des centaines de temples et de monastères. Bodhidharma répond : « Aucun mérite ! Pas la moindre rétribution ! »

On parle parfois du Zen Soto comme du Zen sans satori [réalisation ou éveil soudains]. Cela est-il correct ? Comment la distinction entre éveil graduel et éveil subit s’applique-t-elle au Zen de Dogen ? Cela dépend de la définition que l’on donne au mot satori. Dogen Zenji disait souvent : « Pratique et éveil, ou satori, sont un. » Cela signifie que notre pratique de zazen est elle-même éveil. Dans ce sens, cet éveil est soudain. Lorsque nous sommes assis en zazen, l’éveil est là. Mais nous devons continuer cette pratique de manière ininterrompue, de telle sorte que, dans le cadre de cette pratique, nous puissions arriver à un niveau de maturité plus profond, et cela est complètement graduel. Dans notre pratique, les deux aspects de l’éveil – subit et graduel – sont donc présents.

Qu’entend-on par satori dans le contexte de la pratique de Dogen ? Lorsque Dogen disait « Pratique et réalisation sont un », il utilisait les mots chinois shu et sho. Shu signifie pratique et sho éveil, mais la signification exacte de sho est « vérification », « témoignage » ou « preuve ». Shu-sho est l’abréviation d’une expression plus longue, mon-shi-shu-sho, qui signifie « entendre », « penser », « pratiquer » et « vérifier ». Cela renvoie à notre manière de pratiquer le bouddhisme. Nous entendons les enseignements, ensuite nous réfléchissons à ce que nous avons entendu et si l’enseignement a du sens pour moi et me semble praticable, je l’applique. Et lorsque nous pratiquons, nous comprenons ou nous savons au travers de notre expérience que cet enseignement était vrai. Tel est le sens de « vérifier ».

Comprendre que cela est vrai. Oui, que l’enseignement était vrai ou correct ou adéquat. Nous constatons cela à travers notre pratique. C’est ce que « vérification » ou « preuve » signi-fie dans ce cas. Et lorsque Dogen dit « Shu et Sho, autrement dit, pratique et vérification, sont un », cela signifie que dans notre pratique, la vérifi-cation est déjà là. Mais cela signifie que notre pratique-même est vérification de la vérité de l’enseignement. Et cet enseignement dit que nous vivons ensemble avec tous les êtres, en relation avec tous les êtres, et que, dans l’assise, nous devenons réellement un élément de ce réseau de coproduction conditionnée. C’est pourquoi Dogen disait que cette pratique-même est vérification. Satori, en l’occurrence,  signifie vérification : nous voyons profondément que nous sommes connectés avec tous les êtres. À mon sens, cette prise de conscience de l’interdépendance de tous les êtres est satori. Et dans notre pratique de zazen, ce satori est déjà actualisé.

Ceci est très différent de l’idée de satori communément admise, telle que D.T. Suzuki la présentait dans ses ouvrages : « le jaillissement subit dans la conscience d’une vérité nouvelle inimaginable jusque là ». Oui, c’est l’approche de la pratique des koans dans le Zen Rinzai, où le satori est le but de la pratique, quelque chose qu’il s’agit d’atteindre. L’approche de Dogen est  un peu – en fait, pas un peu, mais très – différente. Dogen dit : « Nous ne pratiquons pas pour atteindre l’illumination, nous pratiquons en étant certifiés par l’éveil ».

C’est pourquoi c’est bon « à rien » ? Oui.


Joel Agee est un auteur et un traducteur littéraire réputé. Il a écrit deux recueils de mémoires : Twelve years : An American Boyhood in East Germany et In The House of My Fear.

Photo copyright : Greg Whitaker

Texte original : « Good For Nothing » in : Tricycle, The Buddhist Review, Hiver 2014 (vol. xxiv, n° 2). Site Web : www.tricycle.com

Publié avec l’autorisation de Tricycle et de l’auteur

Translation Copyright 2015 Sanshin Zen Community


 

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